Le mouton Shropshire

le mouton Shropshire – collage de papier peint à la main et feuille d’or 76 x 60 cm

Les Marches galloises, du latin médiéval Marchia Walliae, formèrent pendant un temps une zone tampon entre l’Angleterre et la Principauté semi-autonome de Galles. Aujourd’hui, les Marches comprennent le Shropshire au nord et le Herefordshire au sud. La géographie de la région est variée. Une partie a depuis toujours été constituée de riches terres agricoles, mais il y a également des collines et des landes ne convenant pas à l’agriculture mais  tout à fait appropriées comme pâturage pour les moutons.

Le mouton Shropshire est le produit de cette région. On pense qu’il descend de trois races indigènes aujourd’hui disparues : le Long Mynd, un mouton à cornes venant des hauts plateaux du Shropshire; le Morfe Common, un mouton à tête noire avec de petites cornes et une laine fine; et le Cannock Chase à tête grise, venu de l’ancienne forêt clôturée de Cannock dans le Staffordshire voisin. Il a pu également être amélioré par les races Clun Forest, Leicester et Cotswold. Au milieu des années 1800, c’était une race reconnue sous le nom de mouton Shropshire, ce qui en fait l’une des plus vieilles races reconnues de Grande-Bretagne. Une société de la race Shropshire et un livre généalogique furent créés en 1882 par des éleveurs dévoués.

Le Shropshire fut importé pour la première fois au Canada en 1861, probablement par la famille Miller d’Ontario, qui maintint sans interruption un troupeau jusqu’en 1997. Entre 1885 et 1895, vingt milles Shropshires furent exportés de Grande-Bretagne pour fournir le marché mondial grandissant. Dès 1908, ce mouton était l’un des plus populaires au Canada, derrière le Leicester.

Lettre envoyé à par John Miller, le journal d’agriculture illustré, 1889

 

La popularité des Shropshires était due à leurs nombreuses et excellentes qualités. Ce sont des animaux dociles et de taille moyenne avec un corps râblé, court sur pattes avec un dos long, ce qui est souhaitable dans la production de viande. Ils sont blancs avec les oreilles, les yeux, le nez et les pattes brunes, et couverts de laine du nez aux sabots. La toison est de grade moyen à fin et le rendement d’environ 2,5 kg. Ce sont des moutons rustiques peu exigeants sur le fourrage et qui donnent des carcasses lourdes et maigres. Les béliers, qui pèsent entre 90 et 140 kg, sont d’excellents reproducteurs lorsqu’ils sont utilisés comme croisement terminal avec d’autres races pour la production de viande. Les brebis pèsent entre 65 et 90 kg et sont prolifiques. Le taux d’agnelage peut être aussi élevé que 190 %. Leur lait riche et abondant fait aussi d’excellents fromages. Les agneaux engraissent rapidement sans céréale et la finition peut être à base d’herbe uniquement.

 

Cinq béliers Shearling, Gagnants du premier prix dans la classe Bélier Shearling à Leicester, R.A.S.E 1896

Élevé par le propriétaire M. Andrew Evans Mansell, Harrington Hall, Shifnal, Shropshire

Photo tiré du  Flock Book (livre généalogique) de 1897 montrant le type traditionnel du Shropshire

Le déclin du Shropshire est dû à plusieurs facteurs. Dans les années 1940, les éleveurs américains commencèrent à pousser à l’extrême la couverture de laine ‘du nez aux sabots’. Ils développèrent également un mouton plus court et plus massif. Le résultat fut des animaux trop petits, difficiles à tondre et sujets à ‘l’aveuglement laineux’ car ils étaient tant couverts de laine qu’ils ne pouvaient pas voir. En Grande-Bretagne, le déclin du Shropshire fut causé par la perturbation du commerce due aux deux guerres mondiales, par des épidémies de fièvre aphteuse qui rendirent impossible l’exportation de moutons britanniques, et aussi par la baisse de la demande pour des gros rôtis d’agneau et de mouton.

Les éleveurs britanniques se tournèrent plutôt vers des moutons plus hauts et plus large avec moins de laine autour des pattes et de la tête. Les éleveurs américains suivirent leur exemple, ce qui eut pour conséquence de modifier grandement la race.

 

Brebis Shropshire américaines d’un an (©2009 Steven Walling, Wikimedia  Commons)

Bien que l’ancien Shropshire trapu et couvert de laine ait presque disparu, l’hybride moderne à tête dénudée a fait un retour en force au point qu’en 2013, il a été enlevé de la liste de conservation du Rare Breeds Survival Trust britannique. L’intérêt nouveau pour la race en Grande-Bretagne et en Europe est dû à certaines caractéristiques particulières et jusque-là ignorées : c’est en effet la seule race de mouton qui ne s’attaque  pas à l’écorce des arbres fruitiers ni ne mange les feuilles de conifères. Ce comportement singulier l’a rendu populaire pour le désherbage des vergers et des plantations d’arbres de Noël.

Au Canada, le nombre de Shropshires a subi un sérieux déclin dans les années 1950 et ils ne s’en sont jamais remis. Alors qu’ils étaient des milliers, il reste à peu près cent quarante Shropshires enregistrés dans tout le pays.

 

Brebis Shropshire canadiennes traditionnelles (photo avec l’aimable autorisation de Rare Breeds Canada)

 

 

Sources:

The Canadian Woolgrowers Co-operative (www.wool.ca)

Dohner, Janet Vorwald: The Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, Yale University Press 2001

Oklahoma State University, Breeds of Livestock , Department of Animal Science (www.ansi.okstate.edu)

Shropshire Breeders Association, The Flock Book of Shropshire Sheep, McCorquodale & Co. 1897

The Shropshire Sheep Breeders Association, UK  (www.shropshire-sheep.co.uk)

Staffordshire Working Lives online archive (www.staffspasttrack.org.uk)

Wikipedia, The Free Encyclopedia  (en.wikipedia.com)

 

La Rhode Island rouge

Coq Rhode Island rouge – papier peint à la main et feuille d’or sur panneau 70 cm x 60 cm

La Rhode Island rouge est probablement la race de volaille la plus emblématique et la plus répandue au monde. Dès le début des années 1830, des fermiers près de la ville de Little Compton, Rhode Island ainsi que dans l’état voisin du Massachusetts entreprirent de développer une excellente race de poule à double usage. Ils débutèrent avec les poules que l’on trouvait déjà couramment dans les fermes, des poules qui n’étaient pas d’une race spécifique mais un mélange de plusieurs. Un petit nombre de variétés semblent avoir eu une influence particulière dans le développement de la Rhode Island rouge, chacune apportant des qualités et des caractéristiques différentes à la race. C’était probablement des Shanghai, Java, Leghorn brune et combattants malais. Au XIXe siècle, Les ‘Shanghai’ correspondaient soit à des Brahmas ou à des Cochins, qui étaient utilisés couramment en Amérique du Nord pour la viande et qui furent importés en grand nombre dans la première moitié du XIXe siècle. La Java fut développé aux États-Unis pour la viande. Sa lignée exacte n’est pas connue et a presque disparue aujourd’hui. La Leghorn brune est une race italienne renommée pour sa production d’œufs. Les combattants malais sont de gros oiseaux avec des plumes dures et luisantes. Ils n’étaient pas communs en Amérique du Nord à cette période, bien qu’ils fussent extrêmement populaires en Europe. L’ascendant du combattant malais a pu provenir d’un coq rouge à poitrine noire importé d’Angleterre, ce qui donna à la Rhode Island rouge son coloris distinctif et aux mâles leur tempérament irritable.

La Rhode Island rouge devint très populaire peu après son développement et était couramment utilisée comme volaille utilitaire dans beaucoup de fermes américaines au XIXe siècle. Elle ne fut pas exposée avant 1879, et était alors appelée ‘Golden Red’ ou ‘Golden Buff’. Elle acquit son nom actuel au Massachussetts ou à Rhode Island entre 1879 et 1895, selon les sources. La Rhode Island rouge fut admise au ‘American Standard of Perfection’ en 1904. Une variété à petite crête rose fut standardisée en 1905.

 

Plaque commémorative de la Rhode Island rouge érigée en 1925 à Little Compton, Rhode Island (Photo ©Mackensen 2008, Wikimedia Commons)

Les Rhode Islands rouges sont classées comme des volailles de taille moyenne à grosse. Les mâles pèsent environ 3.8 kg et les femelles environ 2.7 kg. Les deux sont excellents braisés, donnant une chair savoureuse. Ce sont des volailles à peau jaune, avec un corps long et rectangulaire et des pattes jaunes. Le bec est rougeâtre, la crête et les barbillons sont rouges. Les poules, qui ont une meilleure disposition que les coqs, sont d’excellentes pondeuses et peuvent produire annuellement 200 à 300 œufs brun foncé dès l’âge de six mois. La Rhode Island rouge a un plumage d’un beau rouge acajou, les mâles arborant un peu de noir sur les ailes et la queue. Ce sont des volailles robustes, très flexibles et qui mangent à peu près n’importe quoi. Les Rhode Island rouges étaient les volailles préférées dans de nombreuses parties du globe jusqu’au milieu du XXe siècle.

 

Illustration tirée de la fable américaine ‘The Little Red Hen’ vers 1918

Il est difficile d’imaginer qu’une excellente race de poule telle que celle-ci soit menacée. En vérité, la Rhode Island rouge a été la victime de son propre succès. Sa belle couleur d’un rouge foncé l’a rendue populaire auprès des éleveurs qui n’étaient intéressés qu’aux compétitions et les élevaient pour leur couleur et leur apparence, pas pour leur utilité. Le plumage acajou qui en a fait une race populaire auprès des exposants l’a rendue moins attrayante en tant que volaille à viande à cause de la couleur foncée des plumes émergeantes. L’agriculture devenant plus spécialisée, les races à double usage devinrent aussi moins populaires. Mais les rouges étaient presque sans égales comme pondeuses, et ce fut leur capacité de production d’œufs qui devint leur plus grand atout.

Depuis les années 1940, la Rhode Island rouge a été élevée de manière sélective pour une production d’œufs plus efficace, devenant plus petite, de couleur plus pâle et moins mélancolique par la même occasion. (The Livestock Conservancy).

Les Rhode Islands rouges modernes continuent d’être utilisées pour la création de pondeuses hybrides destinées à l’industrie agricole telles que les Sex-links rouges, les Bovan Goldlines et ISA Browns. Donc, la Rhode Island rouge du XIXe siècle survit dans un sens à travers ces croisements. Mais, parce que l’emphase a été mise sur la production d’œufs au détriment d’autres caractéristiques, la grosse poule de basse-cour à usage double, robuste et au plumage rouge foncé a presque disparu. La race est considérée comme vulnérable au Canada et sur la ‘liste de surveillance’ aux États-Unis.

Poule Rhode Island rouge (Wikimedia commons)

 

 

Traduction par Anne Gardon

Sources:

Ark of Taste (www.fondazioneslowfood.com)

Dohner, Janet Vorwald: The Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry, Yale University Press, 2001

The Livestock Conservancy (www.livestockconservancy.org)

Wikipedia (www.en.wikipedia.org)

 

 

 

Le cheval Suffolk

Couleur, qualité, compacité et constitution robuste

 

Cheval Suffolk – papier peint à la main et feuille d’or sur panneau 60 cm X 70 cm

 

Les comtés de Norfolk et Suffolk constituaient à l’origine l’ancien royaume de East Anglia sur la côte est de la Grande-Bretagne. Entouré de zones humides à l’ouest, de la mer au nord et à l’est et de l’estuaire de la Tamise au sud, la majorité de la contré était formée de marécages et se trouvait ainsi relativement isolée du reste du pays. Mais la terre était fertile et la région densément peuplée et activement cultivée, d’abord par les Angles et les Saxons qui arrivèrent à la fin de l’ère romaine vers 410 après. J.C, puis par les Danois qui l’envahirent en 865. Les Danois amenèrent très probablement avec eux des chevaux similaires à la race moderne Jutland, et on pense que ces chevaux sont la race fondatrice du Suffolk Punch.

Stèle de pierre viking montrant un cavalier, vers 800 après J.C. (kulturbilder.wordpress.com)

 

Enclosures, soit le processus de clôture, débuta tôt en East Anglia. Par ce procédé légal, les terres communales étaient achetées par des fermiers et réunies dans de grandes fermes privées entourées de clôtures. Cette pratique se produisit dès le XIIIe siècle dans certaines parties du pays, mais devint plus répandue durant la dynastie des Tudor. Les terres du Suffolk étant cultivées et clôturées depuis plus longtemps, les agriculteurs remplacèrent plus rapidement le bœuf par le cheval comme animal de trait. Comme les grandes fermes employaient de la main d’œuvre salariée, les propriétaires réalisèrent qu’il était plus économique de labourer avec des chevaux car ils accomplissaient le travail plus rapidement que les bœufs. Le système d’enclosure donna également aux fermiers plus de contrôle sur l’élevage du cheptel que les terres communales où les animaux s’accouplaient librement. La plus ancienne preuve historié d’un type de cheval ‘Suffolk’ distinct apparaît au début du XVIe siècle.

Au XVIIe siècle, les fermiers de l’East Anglia entreprirent d’assécher de grandes étendues marécageuses afin de récupérer les sols lourds et riches pour les cultures. Mais drainer des marais requerrait du savoir-faire, aussi des entrepreneurs hollandais furent-ils employés pour construire les digues et les fossés de drainage. On pense qu’ils apportèrent avec eux de lourds chevaux flamands et normands. Ces chevaux importés étaient plus grands que les Suffolks indigènes et auraient été utilisés pour augmenter la taille et le poids du Suffolk, l’amenant à ressembler à l’animal que nous connaissons aujourd’hui.

Photo historique d’un Suffolk (Blog pour Memories of East Anglia, www.josephmasonspage.wordpress.com)

 

Le cheval Suffolk, aussi appelé Suffolk Punch ou Alezan du Suffolk, est le plus vieux cheval de trait britannique inchangé, et il a le deuxième plus vieux livre généalogique après le pur-sang. Tous les Suffolks modernes descendent d’un seul étalon, connu sous le nom de ‘cheval de Crisp’, né dans le village de Ufford en 1768. En 1784, le révérend Sir John Cullum décrivait ainsi le type de cheval que l’on trouvait dans la paroisse de Hawstead :

‘’Ayant mentionné les chevaux, je prends cette occasion pour rendre justice à une des races les plus utiles de cet animal, pas seulement dans cette paroisse, mais je crois dans tout le pays. La race est connue sous le nom de Suffolk Punches. Ils ont généralement 15 mains de hauteur, avec un corps trapu et compact; leurs pattes sont osseuses et leurs épaules bien en chair. Leur couleur est souvent alezan clair, qui est tout aussi reconnaissable dans certaines parties du royaume que leur forme.

‘’Historical Sketch of the Suffolk Horse’’ chapitre 11, The horse in the Furrow G.E. Evans.

Le Suffolk était appelé ‘Punch’ à cause de son encolure puissante et son poitrail imposant ou possiblement parce qu’il était rond comme un bol à punch. Les Suffolks Punchs ont un corps trapu et massif. Ils ont une tête tranquille et intelligente, avec peu ou pas de marques blanches. Leur robe est toujours de couleur alezan, allant du plus sombre (alezan brûlé) au plus clair. Aujourd’hui, la race est plus grande que du temps du Révérend Cullum,  mesurant généralement entre 16 et 17 mains. Les Suffolks sont renommés pour leur force au labourage car ils ont été développés pour tirer et non pour des jeux de pattes voyants comme les Clydesdales.  Le sol d’East Anglia est fait d’argile lourde, aussi leurs pattes ne portent pas de fanons. Leurs pattes courtes sont également rapprochées pour leur permettre de marcher dans les sillons sans empiéter sur les récoltes. Ceci ne veut pas dire que les Suffolks sont lents. Au contraire, ils peuvent avancer à vive allure et garder le rythme toute la journée.

‘Selon l’usage traditionnel des Angles, les chevaux étaient nourris très tôt le matin, avant l’aube. Durant leur journée de travail, qui était d’au moins neuf heures, ils ne prenaient que de brèves pauses, contrairement aux longs repos et repas d’autres races de chevaux de trait. Grâce à leur endurance et leur allure rapide, les Suffolks travaillaient de plus longues heures et on leur demandait d’accomplir plus en un jour que beaucoup d’autres races.’ J.V. Dohner, Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry.

Hongre Suffolk (Mars) appartenant à Sylvie Denault, Beauharnois, QC.

 

Les propriétaires de Suffolks les apprécient car ce sont des chevaux de travail idéals. Plutôt petits pour des chevaux de trait, ils sont plus gérables et plus économiques que de grands chevaux. Ils sont vigoureux, vivent longtemps et ont un tempérament calme. Ils sont vaillants au travail, que ce soit dans les champs, pour sortir des arbres de la forêt ou comme chevaux d’équipage. Le Suffolk peut également être croisé avec des races plus légères pour obtenir un cheval de chasseur lourd.

Les Suffolks arrivèrent pour la première fois au Canada en 1865. Leur importation était localisée principalement en Ontario, où ils étaient utilisés en agriculture et dans l’exploitation forestière. D’autres Suffolks Punchs furent importés en Amérique du Nord au début du XXe siècle, et une société canadienne du Suffolk fut fondée en 1911. Mais ils ne furent jamais importés en grand nombre comme les Percherons, les Clydesdales ou les Belges,  aussi étaient-ils moins communs au départ. Lorsque la mécanisation changea l’agriculture et que les machines prirent la relève des chevaux de trait au milieu du XXe siècle, le Suffolk se trouva dans une position plus précaire que les autres races. Dans l’East Anglia, avant la Première Guerre Mondiale, il y avait des milliers de Suffolks. Mais dans les années 1950, il n’en restait plus qu’environ 200 dans le monde entier. Les Suffolks Punchs demeurent  en danger à travers le monde et sont sur la liste des espèces sérieusement menacées de Heritage Livestock Canada.

 

Traduction par Anne Gardon

Sources:

American Suffolk Horse Association (www.suffolkpunch.com)

Dohner, Janet Vorwald,  Encyclopedia of Endagered and Historic Livestock and Poultry Breeds, Yale University Press, 2001

Evans, George Ewart , The Horse in the Furrow, Faber & Faber, London, 2012 ebook edition

Ford, Merlin, A Brief Overview of Draft Horse Numbers (www.rarebreedscanada.org)

The Kingdom of East Anglia, Jutland Horses (Wikipedia Entries, www.wikipedia.org)

Rare Breeds Survival Trust (www.rbst.org.uk)

 

 

 

 

 

 

Le canard Silver Appleyard

Cane Silver Appleyard 70 cm X 60 cm, collage de papier peint à la main et feuille d’or sur panneau

Le canard Silver Appleyard fut élaboré pour la première fois à la fin des années 1930 par le célèbre éleveur d’oiseaux aquatiques Réginald Appleyard à la Priory Waterfowl Farm, près de Ixworth dans le Sufford, en Angleterre. En plus d’être respecté comme éleveur d’oiseaux d’eau, il avait également développé une race de poulet et était l’auteur de plusieurs livres sur l’élevage et la reproduction de canards et d’oies. Dans une brochure promotionnelle publiée en 1936, il décrit son objectif pour le canard Silver Appleyard en ces termes :

Un effort pour créer et produire une belle race de canard. Combinaison de beauté, taille, beaucoup de gros œufs blancs, peau blanche, poitrines longues et profondes. Les oiseaux ont déjà gagné à Bethnal Green et au London Dairy Show et canetons tués à 9 semaines, 6 ½ lbs froids et plumés. (Brochure de Réginald Appleyard pour la promotion du canard Silver Appleyard, extrait de The Domestic Duck par Mike Ashton, The Crowood Press Ltd. 2015)

Le Silver Appleyard était destiné à être un canard à usage mixte idéal : un animal se nourrissant bien seul et grossissant rapidement, en plus de combiner une excellente production d’œufs et une carcasse bien en chair. La peau blanche du Appleyard était considérée comme plus attrayante que la peau foncée des races telles que le Rouen. Et la production d’œufs des Appleyards dépassait celle des Pékin à peau blanche. Pour beaucoup, Réginald Appleyard réussit dans sa tâche; le canard qu’il développa rencontrait effectivement tous les critères recherchés, en plus d’être plutôt beau.

Paire de Silver Appleyards  des années 1940 tiré de “The Domestic Duck” par Chris et Mike Ashton, The Crowood Press Ltd, 2015 édition e-book)

Réginald Appleyard poursuivit le développement de son excellente race de canard jusqu’à sa mort en 1964, mais il ne la fit jamais normalisée. Et il ne la mentionna plus jamais dans ses publications après les années 1940, ce qui semble curieux si on considère sa compétence comme éleveur et l’utilité de l’oiseau. Quelques experts pensent qu’il cessa de promouvoir le canard qui portait son nom parce que le plumage des oiseaux n’était pas stable, et que des canard pâles et foncés émergeaient. Il ne fit jamais savoir quelles races il avait utilisé dans l’élaboration du Silver Appleyard, bien que l’on soupçonne qu’il a possiblement utilisé le Rouen Clair ou le Mallard et peut-être le Pékin. Donc recrééer la race à partir de zéro aurait nécessité une certaine part de supposition, tout au moins avant l’avènement des tests ADN.

 

Deux Silver Appleyard males (version miniature)  (photo par Anna Maria Barbieri, Wikimedia Commons)

Le Silver Appleyard est un canard de forte corpulence, ainsi qu’un des meilleurs pondeurs dans la catégorie poids lourd. La femelle peut pondre entre 220 et 265 gros œufs par an. Le poids des oiseaux varie entre 3.6 – 4,1 kg pour le mâle et 3.2 – 3.6 kg pour la femelle.  Le Silver Appleyard a un port plutôt droit avec une légère pente vers la queue. La tête du mâle est verte avec des ‘sourcils’ argentés et des plumes argentées sur la gorge. La poitrine varie du bordeaux (brun-rouge) et marron au brun clair. Les ailes sont grises et blanches avec une bande transversale bleue. La queue est bronze foncé; les pattes sont orange;  le bec a une teinte légèrement verte avec le bout noir. Le plumage de la femelle est principalement blanc argenté avec des marques brunes et fauves. Elle a également une bande transversale bleue sur les ailes. Son bec varie de jaune à orange avec le bout noir. Ses pattes sont également orange.

Dans les années suivant la deuxième guerre mondiale lorsque la reproduction et l’élevage d’oiseaux d’eau devinrent moins populaires, le Silver Appleyard disparut presque complètement. Quelques canards furent envoyés aux États-Unis dans les années 1960, mais la race ne fut jamais répartie à grande échelle. Il fallut attendre que l’éleveur d’oiseaux aquatiques Tom Bartlett du Gloucestershire, en Grande-Bretagne, reprenne la cause du Silver Appleyard pour qu’un regain d’intérêt se manifeste pour ce canard. Le programme d’élevage de Bartlett permit à la race d’être standardisée en 1982. Il développa également une version miniature, standardisée en 1997. Le Silver Appleyard fut reconnu par l’American Poultry Association en 1998.

La première importation significative de Silver Appleyards en Amérique du Nord fut faite par Dave Holderread au Holderread Waterfowl Farm and Preservation Centre à Corvallis en Oregon dans les années 1980. Holderread rendit les canards disponibles au public en 1984.

On ne connait pas le nombre de Silver Applewards au Canada, bien qu’ils sont certainement très peu et ne sont pas utilisés commercialement. Selon toute probabilité, les oiseaux actuellement au Canada viennent de l’élevage de Corvallis. Au Canada, la race est sur la liste des animaux en danger.

 

Sources:   Ashton, Mike,  The Domestic Duck, The Crowood Press Ltd. UK. E-book 2015

The British Waterfowl Association (www.waterfowl.org.uk)

Dohner, Janet Vorwald, The Encyclopedia of Historic and Endangered  Livestock and Poultry Breeds, Yale University Press 2001

Holderread, Dave, Storey’s Guide to Raising Ducks. Pownal, VT: Storey Publishing, 2001.

Rare Breeds Survival Trust, The Silver Appleyard, www.rbst.org.uk

Courriels personnels avec l’éleveur Brad Metzer d’Ontario, Canada

 

 

 

Les mystérieuses chèvres de l’Île San Clemente

Bouc de l’Île San Clemente – collage de papier peint à la main et feuille d’or sur panneau 60 cm X 76 cm

 

Au large de la Californie du Sud est situé un archipel appelé les Channel Islands (ou îles du détroit) qui comprend huit îles et s’étend sur 250 km de l’île San Miguel au nord jusqu’à l’île San Clemente au sud. Les Channel Islands font partie des régions habitées depuis le plus longtemps en Amérique du Nord – au moins treize mille ans – et furent habitées sans interruption par les autochtones jusqu’au début du dix-neuvième siècle.  Les premiers Européens à voir ces îles furent des explorateurs espagnols. Juan Cabrillo revendiqua les îles pour l’Espagne en 1542. Sur certaines des îles, ces explorateurs laissèrent des chèvres pour alimenter les marins s’ils revenaient. Et les chèvres, fidèles à leur race, s’adaptèrent aux conditions arides de leur nouveau pays et se reproduisirent pendant des siècles jusqu’à ce qu’il y en ait des milliers.

Les Channel Islands de Californie (Wikimedia commons)

Belle histoire, n’est-ce pas? Si seulement c’était vrai. En fait, c’est en grande partie vraie, sauf quand il s’agit des chèvres.

Recommençons.

Pendant longtemps, l’histoire des explorateurs espagnols laissant des chèvres sur les îles fut acceptée comme véridique. Puis, des recherches archéologiques rattrapèrent la légende en démontrant qu’il n’y avait aucune preuve physique sur l’île pour appuyer l’anecdote. Les peuples autochtones avaient habité les îles sans interruption jusqu’au début du dix-neuvième siècle, pourtant aucun reste de chèvres ne fut trouvé dans les amas coquilliers des sites archéologiques.

Au début du dix-neuvième siècle,  alors que la Californie était encore espagnole, des bergers commencèrent à introduire des moutons sur l’île de San Catalina et avec eux quelques chèvres pour servir de leaders car les chèvres suivent plus facilement les humains que les moutons.

En 1848, La Californie et les Channel Islands passèrent aux mains des États-Unis et les propriétaires de ranch continuèrent à faire paître leurs moutons sur les îles de Santa Catalina et San Clemente. Vers le milieu du dix-neuvième siècle, quelques chèvres s’évadèrent sur Santa Catalina et, fidèles à leur race, il y en eut bientôt des milliers.  Mais ceci n’explique pas comment des chèvres se retrouvèrent sur San Clemente. La distance entre les deux îles est d’environ 54 km, et il est vrai que les chèvres peuvent nager, mais parcourir 54 km à la nage en haute mer? Probablement pas.

Photo de Salvador Ramirez par J.S. DIXON, 1920

Museum of Vertebrate Zoology, Berkley, California (ecoreader.berkley.edu)

En 1920, un ornithologue du nom de Joseph S. Dixon se rendit dans les Channel Islands pour étudier la nature. Durant son séjour sur Santa Catalina et San Clemente, il fit la connaissance de Salvador Ramirez, qui avait été berger sur Santa Catalina pendant de nombreuses années. En 1875, avec la permission de ses employeurs, Ramirez introduisit un couple de renards dans l’écosystème de San Clemente. Il prétendait également avoir introduit quelques chèvres.

Notes de J.S. Dixon montrant l’arrivée de chèvres en 1920

Museum of Vertebrate Zoology, Berkley, California (ecoreader.berkley.edu)

 

Il semblerait donc que le mystère entourant la présence de chèvres à San Clemente soit résolu. Une question plus intrigante demeure, à savoir d’où provenaient ces chèvres?

Une étude d’ADN faite en 2007 par le Livestock Conservancy et l’Université de Cordoue en Espagne démontre que les chèvres de San Clemente sont différentes génétiquement de toutes les races espagnoles en existence. Ce ne sont donc pas des chèvres espagnoles et elles ne sont pas non plus apparentées aux autres chèvres de la région, descendantes des troupeaux des Missions de Californie. Une étude plus poussée de l’ADN de plusieurs espèces de chèvres créoles (les chèvres créoles sont des races bâtardes ou indigènes descendant de chèvres importées en Amérique par les Européens) fut publiée en 2017 par des chercheurs d’Espagne, du Portugal, des États-Unis et de plusieurs pays sud-américains. Les chèvres de San Clemente faisaient partie de l’étude et il fut découvert qu’elles avaient un taux de consanguinité élevée, tout en étant génétiquement uniques. Les résultats de cette étude renforcèrent la notion que les San Clementes  étaient une vieille population gardée en isolement pendant une longue période. Mais elles ne sont apparentées à aucune espèce créole des Amériques. Elles sont également différentes génétiquement des races commerciales telles que les Nubiennes, une race originaire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord qui est présente un peu partout. L’origine des chèvres de San Clemente demeure un mystère.

L’île de San Clemente fut réquisitionnée par la Marine américaine en 1934. Sans prédateur, les chèvres se multiplièrent jusque dans les années 1970 lorsque leur grand nombre (15 000+) devint une menace pour la faune et la flore rares de l’île. Pour protéger l’écosystème, la Marine commença un programme d’extermination pour éliminer la population de chèvres de San Clemente. (La population sur l’île de Santa Catalina avait déjà été réduite par la chasse.) Dans les années 80, alors qu’il restait environ 4000 chèvres sur San Clemente, la Marine planifia de s’en débarrasser en les abattant à partir d’hélicoptères. Ceci suscita la colère des groupes de protection des animaux, dont l’un d’eux (Fund for Animals) réussit à obtenir une injonction de la cour pour stopper le massacre des airs. Fund for Animals proposa à la place de piéger les chèvres et de les relocaliser, offrant de débarrasser l’île de toutes les chèvres. 3000 chèvres furent ainsi sauvées entre 1985 et 1986.

Beaucoup d’entre elles furent adoptées comme animaux de compagnie. Et beaucoup de mâles furent castrés car Fund for Animals décourageait activement l’élevage. Heureusement, un petit nombre de troupeaux furent sauvés et il y a actuellement un regain d’intérêt pour la race, surtout depuis que sa génétique unique a été découverte.

 

 

Chevreau San Clemente à la ferme Rarefield, Dalkeith Ontario (Photo © Judith Sevigny  www.facebook.com/RarefieldHeritageFarm )

Les chèvres de l’île San Clemente sont petites, bien que plus grandes que les races naines. Les mâles pèsent environ 45 kg, les femelles plus près de 35 kg. Elles ont des os fins et on dit souvent qu’elles ressemblent à des biches.  Leur robe est principalement rousse avec une ‘cape’ noire sur les épaules et le cou, ainsi que des marques noires sur la tête, les pattes et la queue. Les deux sexes portent des cornes, celles des boucs devenant souvent très larges. Les femelles sont d’excellentes mères, mettent bas facilement et sont très appréciés pour leur tempérament docile. Mâles et femelles ont peu d’odeur. Bien qu’elles soient petites, les San Clementes sont considérées comme une race à usage mixte, c’est-à-dire pour la viande et le lait. Le lait est particulièrement prisé car il ne dégage pas cette odeur de ‘chèvre’ que beaucoup trouvent désagréable. En outre,  leur génétique unique en fait d’excellents sujets pour les croisements avec d’autres races commerciales. Il y a actuellement quelques fermes qui élèvent ces chèvres au Canada et aux États-Unis. Le plus grand troupeau se situe au Nebraska et compte plus de 200 animaux. Il ne reste plus qu’environ 700 chèvres San Clemente au monde et leur statut demeure critique.

Sources: The San Clemente Goat Foundation (www.scigoatfoundation.org); Mother Earth News Breed Profile: San Clemente Goats (Video, www.motherearthnews.com);

San Clemente Goat – The Livestock Conservancy (livestockconservancy.org);

Janet Vorwald Dohner, The Encylclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry, Yale University Press 2001 ; Genetic diversity and patterns of population structure in Creole goats from the Americas,  in Animal Genetics, Immunogenetics, Molecular Genetics and Functional Genomics, doi: 10.1111/age.12529, 2017 (traduit de la science by Leslie Ordal)

 

Poney de Terre-Neuve

Le Poney de Terre-Neuve s’impose comme remarquable parmi les autres races rares, et sa popularité augmente auprès de généticiens célèbres et des experts en races rares. Il demeure une race naturelle (landrace) non améliorée dans un monde où il en reste très peu.

“What is a Newfoundland Pony? ” 8 janvier 2018 www.newfoundlandponies.org/blog

Le poney de Terre-Neuve – collage de papier peint à la main et feuille d’or sur panneau

L’île de Terre-Neuve est rocheuse, venteuse et isolée. Le sol est maigre et le climat rude. Toute créature y vivant a besoin d’une certaine robustesse pour survivre. Les tout premiers habitants de Terre-Neuve étaient des peuples autochtones. Les Vikings y établirent une colonie vers l’an 1000 mais l’abandonnèrent. Cinq cents ans s’écoulèrent avant qu’une autre colonie européenne s’installe sur cette île froide et rocailleuse de l’Atlantique Nord.

C’est le poisson qui attira finalement les Européens sur les rives de Terre-Neuve. En 1497, Henri VII d’Angleterre envoya John Cabot vers l’ouest pour explorer l’Atlantique dans le but de trouver une voie commerciale vers la Chine. Cabot ne trouva pas la Chine mais il trouva de la morue. Dès le début du seizième siècle, les Britanniques, les Français, les Espagnols et les Portugais pêchaient la morue au large des Grands Bancs et avaient de petits camps provisoires le long des côtes. Les Britanniques prirent officiellement possession de l’île en 1586, bien que les Français continuèrent à revendiquer des droits de pêche près de Placentia.  Terre-Neuve fut tour à tour entre les mains des Français et des Anglais jusqu’en 1713 lorsque le Traité d’Utrecht céda l’île aux Anglais.

 

Plaque commémorative à St-John’s marquant l’acquisition de Terre-Neuve par Sir Humphrey Gilbert au nom d’Élisabeth 1ere d’Angleterre (Wikimedia Commons)

La colonisation fut lente car l’intérêt premier des Britanniques était le poisson et non la colonisation. Aussi, au début, seuls des camps de pêche temporaires étaient permis. Les femmes n’étaient même pas autorisées à vivre à Terre-Neuve pour que les pêcheurs ne soient pas tentés de s’y installer de façon définitive. Finalement, les colonies devinrent quand même permanentes. Au fur et à mesure que le nombre des colons augmenta, les besoins en bois d’œuvre et la nécessité de produire quelques cultures augmentèrent également. Bientôt les chevaux devinrent indispensables.

Mais les chevaux importés à Terre-Neuve ne pouvaient pas être  n’importe lesquels. Ils devaient être robustes et économes, car ils devraient se contenter d’une nourriture limitée et survivre dans des conditions de vie difficiles.  Les poneys Moorland des Îles Britanniques étaient déjà connus pour prospérer dans des conditions semblables. Ces poneys robustes furent donc les premiers “chevaux” envoyés à la colonie naissante de Terre-Neuve.

Dès les années 1680, les colons avaient besoin d’animaux de trait. L’administrateur britannique de l’île fit une commande pour des chevaux, spécifiant qu’ils soient sélectionnés d’Écosse, d’Irlande et du Pays de Galles car ils devaient être assez robustes pour vivre dans les bois durant l’hiver. Ces chevaux et les cargaisons suivantes du sud-ouest de l’Angleterre furent généralement des poneys de Moorland, tels que le Dartmoor, Exmoor et New Forest, ainsi que le cheval Galloway, aujourd’hui disparu. Des chevaux de Galles, Connemara, Sable Island et acadiens furent également introduits sur l’île en plus petit nombre.                                      

(traduction de The Encyclopaedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, p. 389 de Janet Vorwald Dohner.)

 

Carte de Terre-Neuve par le Capitaine James Cook, 1775. Centre for Newfoundland Studies, Memorial University of Newfoundland, St-John’s Newfoundland.

À partir du dix-neuvième siècle, il y avait de vrais chevaux à Terre-Neuve; ils étaient essentiellement utilisés dans les villes où il y avait des rues. Mais les communautés isolées du reste de l’île dépendaient des poneys. Un village du littoral pouvait être habité du printemps jusqu’à l’automne, qui était la saison de pêche. En hiver, les habitants se retiraient souvent dans l’intérieur des terres pour  échapper aux tempêtes hivernales et passaient la saison à couper du bois de chauffage et à chasser. Les poneys robustes étaient les meilleurs animaux de trait et étaient essentiels à la vie des Terre-neuviens. Les poneys labouraient les jardins et les champs, transportaient les algues qui servaient d’engrais, tiraient les chariots de foin et les chargements de bois. Certains travaillaient également dans les mines. Les poneys étaient un moyen de transport en toute saison, que ce soit pour des activités quotidiennes ou des occasions spéciales comme les mariages.

 

Poney de Terre-Neuve tirant un chargement de bois. Photo historique de la Newfoundland Pony Society.

En ce qui concernait les poneys, les Terre-neuviens pratiquaient traditionnellement un élevage à faible entretien. Le foin était cher et les bons pâturages difficiles à trouver. Les poneys qui travaillaient étaient surtout des hongres et ils étaient gardés à proximité. Les juments, les étalons et les poulains étaient généralement laissés en liberté. Comme le travail des poneys était habituellement saisonnier, même les hongres passaient une partie de l’année en liberté.

Certains savaient quand rentrer à la maisondit Cliff. Herb March relâchait son poney chaque printemps lorsqu’il partait pêcher au Labrador. Quelques jours après son retour, son poney apparaissait. Il avait été peut-être à dix milles au loin mais son instinct lui disait de rentrer.

Tiré du Newfoundland Pony de Suzanne Robichaud, Salscapes Magazine

Ces poneys isolés s’adaptèrent si bien aux conditions locales qu’ils devinrent un genre reconnaissable avec peu ou pas d’intervention humaine, mais simplement par pression évolutive. C’est ainsi que le poney de Terre-Neuve devint une race naturelle. Les plus robustes, qui pouvaient le mieux s’adapter aux conditions sévères, survécurent pour se reproduire et ainsi passer leurs gènes.

Comme le poney de Terre-Neuve est une espèce naturelle et non une vraie race, il n’est pas défini par des standards stricts et de nombreuses  diversités physiques sont permises. Selon la “Newfoundland Pony Society”, un poney de Terre-Neuve :

  • A un bon tempérament, est docile et obéissant au travail;
  • Supporte bien l’hiver car très résistant;
  • A le pied sûr;
  • A un corps qui peut varier de délicat à robuste et trapu;
  • A une hauteur qui peut varier de 11.0 à 14.2 mains;
  • A une robe bai, noire, brune, alezan, brun grisâtre, gris, rouan et blanc. Les pies et les tachetés ne sont pas acceptables;
  • A un pelage épais qui peut changer de couleur ou de texture selon les saisons;
  • A une crinière et une queue épaisses;
  • A une queue attachée bas;
  • A des fanons avec les crins se prolongeant au-dessus du boulet;
  • A des sabots très durs;
  • A typiquement le bas des pattes foncé. Un coloris blanc ou pâle des pattes est acceptable;

Georges, le premier poney de Terre-Neuve né au Québec. Ancienne propriété de Nathalie Durocher de Thetford Mines, il réside actuellement au Villi Poni Refuge au New-Hampshire. Photo avec l’aimable autorisation de Nathalie Durocher

Les poneys de Terre-Neuve furent assez communs jusque dans les années 1970, lorsque les tracteurs, les motoneiges et autres engins les remplacèrent comme animal de trait ou moyen de transport. Des règlements municipaux limitant l’accès à des pâturages rendirent difficiles d’avoir des poneys,  et les propriétaires étaient encouragés à castrer leurs étalons. Devenus inutiles, des centaines de poneys furent expédiés aux abattoirs du Québec comme viande de boucherie destinée à l’Europe. Il y avait environ douze milles poneys de Terre-Neuve au milieu des années 1970. Dix ans plus tard, il en restait moins d’une centaine.

À l’automne 1979, un groupe de citoyens inquiets se réunirent pour former la Newfoundland Pony Society (société des poneys de Terre-Neuve), dans le but de préserver et protéger cet animal en danger. En 1997, le gouvernement de Terre-Neuve promulgua le Heritage Animals Act of Newfoundland and Labrador afin d’enrayer les pertes en apportant une protection légale aux poneys et rendre illégal leur transport en dehors de la province sans permis.

Le poney de Terre-Neuve demeure en danger. La Newfoundland Pony Society estime qu’il reste environ 250 animaux en âge de se reproduire.

 

Sources:

Environment, Climate, and the 19th-Century Economy of Newfoundland (www.heritage.nf.ca);

The Canadian Encyclopedia, Online Edition (www.thecanadianencyclopedia.ca)

The Newfoundland Pony Society, www.newfoundlandpony.com

Genetic diversity and admixture among Canadian, Mountain and Moorland and Nordic pony populations. Prystupa JMJuras RCothran EGBuchanan FCPlante Y.(www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed)

The Newfoundland Pony, Suzanne Robicheau, Saltscapes Magazine (http://www.saltscapes.com)

Villi Pony Farm (http://www.newfoundlandponies.org/)

Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, Yale University press, 2001

 

La White Park : Une race très ancienne

Vache et veau White Park – collage de papier peint à la main et feuille d’or 60cmX76cm

Des bovins blancs avec des taches noires – mufle, tour des yeux, oreilles, fouet de la queue, sabots – ont été présents partout où on trouve des descendants des troupeaux hamitiques à longues cornes de l’ancienne Égypte. Les bovins hamitiques se propagèrent à travers l’Europe et arrivèrent dans les Îles Britanniques il y a environ quatre mille ans. Ils accompagnaient peut-être les premiers fermiers néolithiques qui occupèrent les îles, ou un peu plus tard les peuples campaniformes qui arrivèrent quelques temps après la construction de Stonehenge. Dans tous les cas, la présence de bovins blancs dans les Îles Britanniques remonte très, très loin.

Au temps des Celtes (600 av. J.C.), le bétail signifiait la richesse et les bovins blancs étaient particulièrement prisés à cause de leur couleur inhabituelle, presque surnaturelle. Le bétail blanc apparait souvent dans la mythologie celtique. Finnbhennach, le taureau blanc de Connacht, est le catalyseur des événements racontés dans la légende irlandaise Táin Bó Cúailnge (la rafle des vaches, épisode de la saga de Cuchulain). Ailleurs dans la même épopée, des troupeaux de bovins blancs aux oreilles foncées, appartenant au monde secret de Sidhe (monde des fées) sont mentionnés.

L’invasion romaine de l’Angleterre celtique débuta en 55 av. J.C. L’auteur romain Pline l’Ancien rapporte que les prêtres druides employaient spécialement des taureaux blancs pour les sacrifices dans leurs cérémonies.

Ayant préparé selon les rites, sous l’arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre et coupe le gui avec une serpe d’or. On le reçoit dans une saie blanche, puis on immole les victimes en priant que le dieu rende le donc qu’il a fait propice à ceux auxquels ils l’accordent. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, trad. Émile Littré 1851.

Les Romains repoussèrent finalement les Celtes aux confins de l’ouest et du nord de l’Angleterre, ainsi qu’en Irlande. Et les Celtes en fuite amenèrent leurs troupeaux de bovins blancs avec eux. Bien que ces anciens troupeaux disparurent d’Irlande, ils demeurèrent communs au Pays de Galles jusqu’au dix-neuvième siècle. Des documents démontrent qu’au Pays de Galles et jusqu’au treizième siècle, des bovins blancs servaient de monnaie pour régler des amendes.

Medb, reine guerrière de Connacht, la première propriétaire de Finnbhennach, le taureau blanc de Connacht, qui quitta son troupeau car il ne voulait pas être la propriété d’une simple femme. Illustration de J.C. Leyendecker.  Domaine public.

Les anciens troupeaux blancs des Celtes sont les ancêtres de la race White Park moderne – si on peut considérer moderne une race qui a 800 ans. Les White Park furent développés selon la méthode médiévale d’«emparking», signifiant de garder dans un parc. Un permis royal était accordé aux riches nobles leur permettant de créer des réserves de chasse où ils pouvaient s’adonner à cette activité. Les réserves de chasse étaient entourées de hautes clôtures, de talus et de fossés pour empêcher le gibier de s’échapper. Là où il y avait des bovins blancs encore à l’état sauvage, ils étaient inclus dans ces parcs avec les cerfs, les sangliers et autre faune sauvage.

La Charte de la Forêt de 1225 par laquelle Henri III accorde aux nobles anglais le droit de créer des réserves de chasse

Les White Park demeurèrent dans les réserves de chasse et les forêts clôturées pendant des siècles. Initialement, les bovins étaient chassés puis ils furent domestiqués et utilisés pour la viande, le lait et comme bête de trait. Quelques-uns de ces troupeaux, soit le troupeau de Cadzow en Écosse et celui de Dynevor au Pays de Galles, existent toujours. À cause de leur ancienneté et de l’absence ‘d’amélioration’ moderne de leur lignée, les White Parks sont génétiquement distincts de la plupart des autres races de bovins.

Un taureau White Park sauvage du troupeau de Chartley dans le Staffordshire.

Le troupeau exista sans interruption jusqu’en 1905, lorsqu’il fut dispersé. Il a été rétabli depuis.

Les White Parks sont aujourd’hui très prisés pour la qualité de leur viande. Leur ‘pureté’ génétique en fait un excellent choix pour les croisements avec les races modernes de bœuf, car ils insufflent beaucoup de vigueur à leur progéniture hybride. Les White Parks sont des animaux de taille moyenne avec un long dos. Ils sont généralement blancs, bien qu’un gène récessif noir refasse surface à l’occasion. Le tour des yeux, les oreilles, le bout des cornes, les sabots et les pis sont généralement noirs, mais parfois roux foncé. Les vaches pèsent environ 600 kg et les taureaux 900 kg. Les vaches sont d’excellentes mères avec un fort instinct protecteur. Les White Parks peuvent être élevés selon des méthodes intensives mais sont plus adaptés à l’élevage en plein air. Ce sont des animaux économiques qui peuvent transformer du fourrage de pauvre qualité en excellente viande.

 

Winnie, veau White Park à la foire agricole d’Havelock, QC, 2017

Le gouvernement britannique reconnut l’importance de maintenir cette race ancienne. En 1938, possiblement parce que la guerre avec l’Allemagne semblait de plus en plus probable, un petit nombre de bovins du troupeau Cadzow fut expédié au Canada où il s’établit au Zoo Riverdale de Toronto. Leur progéniture fut vendue; certains à des zoos aux États-Unis ainsi qu’au Département de l’Agriculture américain pour la recherche, d’autres furent envoyés dans un ranch au Texas. Bien que la race jouisse d’un regain en Angleterre, elle demeure sur la liste des espèces à surveiller. La race demeure très rare en Amérique du Nord. L’unique troupeau au Canada se trouve sur la ferme familiale des Stoddart, à Little Britain en Ontario.

Sources: Miranda Green, Symbol & Image in Celtic Religious Art, Routledge, 1992; Miranda Green, Animals in Celtic Life and Myth, Routledge, 1998; Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered livestock  and Poultry Breeds, Yale University Press, 2001; Cuchulain of Muirthemne  traduit par Lady Augusta Gregory , extrait de Celtic Lore and Legend  du Dr. R. Curran, Bookmart Press; Lady Augusta Gregory, THE WAR FOR THE BULL OF CUAILGNE, 1902 (www.sacred-texts.com); “White Park Cattle: Key Characteristics”, Rare Breeds Survival Trust, (www.rbst.org.uk); “History of the Breed”  by Lawrence Alderson, The White Park Cattle Society (www.whiteparkcattlesociety.ltd.uk); “Ancient-genome Study finds Bronze Age ‘Beaker culture’ invaded Britain”, Ewen Calloway, Nature (Nature news online), 17 May, 2017

Traduction; Anne Gardon

Le Porc Berkshire

Porc Berkshire, collage de papier peint à la main et feuille d’or sur panneau, 60X76 centimètres

 

Les débuts de la plupart des races rares sont obscurs. Ceci est dû en grande partie au fait que la reproduction d’animaux d’élevage telle que nous la connaissons aujourd’hui est un développement plutôt récent comparé à l’histoire de la domestication qui date de près de dix mille ans. L’amélioration systématique du bétail  par la reproduction sélective et l’archivage des races ne débuta qu’à la fin du dix-huitième siècle. Avant cela, c’était plus ou moins n’importe quoi en ce qui concernait le bétail. Conséquemment, il y eut pendant longtemps un grand nombre de variances dans les différents types d’animaux domestiqués à l’intérieur d’une même région.

Carte du Berkshire vers 1911 (Wikipédia)

 

La saveur exceptionnelle de la viande de porc provenant d’élevages de cochons de la région du Berkshire à l’ouest de Londres était célèbre dès le dix-septième siècle. Une histoire apocryphe raconte que les troupes d’Oliver Cromwell stationnées à Reading, près de Londres, auraient eu l’occasion de goûter au délicieux bacon servi dans les auberges locales et apprécié son goût exceptionnel. Il est difficile de dire si l’histoire est authentique mais, comme la valeur d’une armée dépend en grande partie de son estomac, il est fort probable que les hommes de Cromwell aient été heureux de trouver du bon bacon sur leur route. Et peut-être, ce bacon provenait de porcs Berkshire.

 

Les plus anciennes descriptions que nous avons du porc Berkshire sont d’un type de gros porc aux couleurs et aux formes variés :

 

Dans les registres agricoles du début du dix-neuvième siècle, plusieurs porcs différents étaient appelés Berkshire. Certains étaient de grande taille, roux ou blond et souvent tachetés de noir. D’autres étaient noir et blanc ou tachetés. Les oreilles pouvaient être dressées ou courbées. 

(Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered Livestock and poultry Breeds, p. 186. Yale University Press 2001)

Un porc Berkshire tel que publié dans le Canadian Farmer, 1866

 

À un certain moment de l’histoire du Berkshire – probablement à la fin du dix-neuvième siècle – des gènes de porcs napolitains furent introduits. Ces petits cochons napolitains noirs provenaient sans doute de reproducteurs asiatiques, vraisemblablement chinois. C’est par l’introduction de ces porcs napolitains (chinois) que le Berkshire a développé les caractéristiques – robe noire et museau court et retroussé – qui l’identifie aujourd’hui. En 1825, un registre généalogique débuta en Angleterre, établissant les standards et en faisant l’une des toutes premières races reconnues. Une association officielle d’éleveurs fut formée en Angleterre vers 1883.

 

Le Berkshire est de taille moyenne, noir à l’exception des pattes, de la queue et d’une tache sur la tête qui sont blanches. Ils sont trapus et courts sur pattes, avec des oreilles dressées, un museau court  au groin retroussé. Les verrats pèsent environ 280 kg. Les truies pèsent un peu moins à  environ 220 kg. La race est reconnue pour son instinct maternel, sa production de lait, sa rusticité et son tempérament calme. Le Berkshire arrive rapidement à maturité et il est donc idéal pour la production de viande.  Il supporte le confinement mais est également à l’aise à l’extérieur.  Sa robe noire lui permet d’éviter plus facilement les coups de soleil que les cochons blancs. La viande du Berkshire a une texture fine. Elle est persillée, d’un rose foncé et son goût est exceptionnel.

Porcelet Berkshire, propriété de Brent et Janet Tolhurst, St-Chrysostome, Qc.

 

Des porcs Berkshire furent exportés aux États-Unis dès 1823, et au Canada un peu plus tard où ils devinrent assez populaires. La race fut extrêmement populaire au dix-neuvième siècle – la reine Victoria eut même pendant un temps un verrat prénommé The Ace of Spades – jusqu’au milieu du vingtième siècle lorsque des changements dans la production porcine et des goûts alimentaires rendit le Berkshire impopulaire, en partie à cause de sa robe noire. Conséquemment, leur nombre diminua  et, pendant plusieurs années, l’animal fut considéré comme sérieusement menacé.

 

Le statut du Berkshire s’est légèrement amélioré depuis. Le mouvement du slow food en Amérique du Nord et en Europe a permis de rétablir cette excellente race, qui offre ce que les races modernes industrielles ne peuvent pas, c’est-à-dire le goût.

 

Depuis longtemps, la race est très populaire au Japon. Oui! Au Japon. Durant l’ère Meiji au dix-neuvième siècle, peu de temps après que les standards de la race fussent définitivement établis en Angleterre, le porc Berkshire fit un retour en Asie et s’établit au Japon. Dans la préfecture de Kagoshima, on trouve les célèbres porcs noirs Kagoshima qui produisent une viande d’excellente qualité très prisée et très coûteuse. Ces porcs noirs résultent du croisement entre les Berkshires du dix-neuvième siècle et des cochons indigènes. Les Japonais continuent d’importer des lignées de Berkshire du Canada, des États-Unis et d’Angleterre.

 

Publicité japonaise pour le porc noir de Kagoshima

 

Depuis 2016, le Berkshire fait partie de la liste de conservation des races vulnérables de Rare Breeds Canada.

Traduction: Anne Gardon

Sources additionnelles : Rare Breeds Survival Trust (www.rbst.org.uk); Lawrence Alderson, The Chance to Survive, A.H. Jolly (éditorial) Ltd, 1989 édition révisée, Wikipédia Japon (traduction de Tad Mitsui, tous mes remerciements, Tad!)

La poule du Sussex blanche herminée

Poule du Sussex, collage de papier peint à la main sur panneau de 30 X 24

 

Les poules furent domestiquées en premier dans l’Asie du sud-ouest il y a environ dix mille ans et, de là, se propagèrent dans presque toutes les parties du monde. Elles atteignirent les confins de l’Europe autour de 3000 av. J.C et arrivèrent en Grande-Bretagne durant l’âge de fer autour de 500 avant notre ère. Mais les poules ne furent adoptées comme aliment qu’avec l’arrivée des Romains quelques centaines d’années plus tard. C’est alors que les poules devinrent VRAIMENT très populaires.  Un des plus vieux documents écrits découverts en Grande-Bretagne est une liste d’épicerie donnée par un commandant romain à son esclave le chargeant d’acheter vingt poulets au marché et  “cent ou deux cents œufs, si tu peux en trouver de beaux et s’ils sont à vendre à un prix raisonnable” 1 

 

Les tablettes de Vindolanda, trouvées près du Mur d’Hadrien

British Museum, G.B. Photo par Michel Wal, ©2008 (Wikimedia Commons)

 

Dans le Sud-Est de l’Angleterre – Sussex, Kent et Surrey – il existait depuis longtemps des variétés de poules indigènes que l’on trouvait généralement dans les petites fermes et dans les villages de cette région. La race du Sussex fut développée au début du dix-neuvième siècle à partir de ces  variétés très anciennes de poules. La Sussex fut développée initialement pour la viande, par des croisements de Dorking, Brahma et Cochin pour produire un poulet qui engraisserait rapidement afin de satisfaire le marché grandissant dû à l’urbanisation de Londres au dix-neuvième siècle. La demande pour les poulets du Sussex était si grande qu’ils avaient même leur propre train pour la ville.

Bien que La Sussex fût considérée comme une race dès le début du dix-neuvième siècle, une association officielle des éleveurs ne fut formée qu’en 1903.

La toute première exposition de volaille d’Angleterre en 1845 reconnaissait ces races indigènes : la Dorking, la Surrey et la Kent ou Old Sussex Fowl. Bien que la Sussex d’origine soit probablement tachetée, plusieurs coloris étaient déjà développés, incluant le rouge. La Sussex était surtout utilisée pour la viande. 2 

La Sussex blanche herminée fut une des trois variétés aux couleurs standardisées, les autres étant la tachetée et la rouge mentionnées plus haut. La blanche herminée fut développée comme volaille à double utilité en la croisant avec des pondeuses prolifiques de la Méditerranée. Elle est donc prisée autant pour sa chair que pour sa bonne production d’œufs. Une poule peut pondre jusqu’à 250 œufs par an.

Mâle et femelle Sussex blanche herminée, propriété de Kevin MacFarlane

La Sussex blanche herminée est un oiseau trapu aux plumes douces. Le plumage est principalement blanc avec de belles marques noires autour du cou. Le bout des ailes est noir, de même que la queue. La peau est blanche. Les pattes sont pâles ainsi que le bec, mais la crête et les fanons sont d’un rouge vif. Les coqs peuvent peser jusqu’à 9 lbs. Les femelles sont légèrement plus petites à 7 lbs. Ces volailles s’alimentent facilement d’elles-mêmes lorsqu’elles  sont en liberté mais s’adaptent également bien au confinement.

La Sussex arriva au Canada avec les colons d’Angleterre au début du dix-neuvième siècle. Il semble qu’elles furent exportées en grand nombre au Canada à la demande de banquiers britanniques qui craignaient de perdre leurs investissements lorsque les producteurs de céréales canadiens subirent des années difficiles et l’expropriation massive de fermes était un véritable danger. Une fois le blé récolté, les poules Sussex glanaient les champs moissonnés. Parfois, cette deuxième ‘récolte’ de poulet rapportait plus d’argent que le blé. Pendant un temps, la poule Sussex blanche herminée fut la race à deux fins la plus populaire, autant au Canada qu’en Angleterre.  Elle n’eut jamais autant de succès aux États-Unis, sauf dans les fermes le long de la frontière canadienne.  Ce manque de popularité aux U.S.A. (et dans une certaine mesure au Québec) est due à sa peau blanche – la même raison qui faisait sa popularité en Grande-Bretagne.

La Sussex blanche herminée fut particulièrement populaire au Canada durant les années 1940 lorsqu’un nombre important de cette volaille fut importé et élevé ici afin de fournir le marché britannique durant la guerre (Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, p. 427). La Sussex blanche herminée et la Rhode Island rouge furent les plus importantes volailles commerciales au Canada jusqu’à la transition vers des hybrides modernes au milieu du vingtième siècle. La Sussex blanche herminée est toujours utilisée dans la création d’hybrides commerciaux. Mais elle n’est plus la race la plus populaire et plusieurs groupes de conservation des animaux de ferme l’ont inscrite sur leur liste à surveiller, incluant Rare Breeds Canada.  De plus, la lignée génétique des Sussex restantes est limitée.

 

  1. Andrew Lawler, Why Did the Chicken Cross the World? Ou Pourquoi le poulet a traversé le monde? p. 117(Atria Books)
  2. Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, p. 271 (Yale University Press)
  3. Correspondance avec Emily Robertson, True North Hatchery

Sources supplémentaires:

The Cambridge World History of Food (by K.F. Kiple & K.C. Ornelas, Cambridge University Press); Rare Breeds Survival Trust (www.rbst.org.uk)

 

 

Traduction par Anne Gardon

La dinde Palm Royale

“En tant que consommateurs, nous considérons la dinde non pas comme un animal de ferme mais comme un produit de masse sur une liste d’épicerie”. (Sara Bir, How turkeys got broad, white breasts, Comment les dindes développèrent des poitrines blanches, Modern Farmer, 24 novembre 2014.

 

 

Les dindes sont natives du sud-ouest de l’Amérique du Nord et du centre du Mexique. De là, elles se sont propagées à travers le monde. Elles furent introduites en Europe suite à la conquête espagnole du Mexique au 16e siècle, et revinrent en Amérique du Nord avec la colonisation de la Nouvelle-Angleterre par les Britanniques.  Il y a un siècle, on pouvait trouver des dindes dans la plupart des fermes nord-américaines car elles étaient considérés idéales pour les besoins des familles rurales. Les dindes se nourrissaient de façon autonomes, pouvaient se reproduire sans assistance, pondaient beaucoup d’œufs et élevaient elles-mêmes leurs petits. Mais, plus important, elles étaient une bonne source de viande à petit prix.

Ce n’est pas par accident que je dis ‘étaient’ car ce n’est plus le cas.

Comme avec tant d’autres races rares d’animaux de ferme, les dindes ont été victimes des progrès en agriculture, réfrigération et transport au 20e siècle. Aujourd’hui, presque toutes les dindes consommées – environ 99%, en fait – sont des Broad-Breasted Whites. Cette race a été élaborée pour grossir très rapidement et bouger très peu. A cause de leur énorme poitrine, les Broad-Breasted ne peuvent pas se reproduire naturellement et doivent être inséminées artificiellement.

 

Puisque la majorité des dindes sont de la même race et qu’il y a peu de variations dans cette race, les dindes modernes sont les animaux de ferme les plus affaiblis génétiquement. En dehors de l’omniprésente Broad-Breasted, la plupart des autres races de dindes sont menacées d’extinction. Parmi ces races en danger, nous trouvons la dinde Palm Royale.

 

Mâle Palm Royale à la ferme de Brent et Janet Tolhurst de St-Chrysostome, Qc.

 

L’histoire de la dinde Palm Royale n’est pas très longue. La race ne fut reconnue par l’Americain Poultry Association (Association des volailles d’Amérique) qu’en 1971. Bien que des dindes à l’aspect semblable aient existé depuis des siècles – une variété noire et blanche connue sous le nom de bariolé ou Crollwitz existe en Europe depuis les années 1700 – la Palm Royale fut développée à Lake Worth en Floride, sur la ferme de Enoch Carson dans les années 1920.

M. Carson commença à développer la race dans les années 1920, en croisant plusieurs race de dindes, incluant la Noire, la Narragansett et la Auburn avec des dindons sauvages. Les dindes Palm Royale furent reconnues comme race par l’Americain Poultry Association en 1971, des décennies après sa création, principalement parce qu’il fallut de nombreuses années pour stabiliser sa coloration unique. Bien que la couleur apparaisse accidentellement parmi les croisements, établir une descendance prévisible prit beaucoup de temps. ” (Countryside Daily, 4 novembre 2016).

La Palm Royale est très belle. Le dos de l’oiseau est noir, alors que le reste du plumage est essentiellement blanc. Les plumes blanches se terminent par une bordure noire, donnant à cette dinde son aspect spectaculaire.

La Palm Royale était principalement un oiseau de concours; il n’était pas destiné pour la production commerciale de viande. Ceci ne signifie pas que ces dindes ne sont pas bonnes à manger, elles le sont. Bien que de petite taille, les femelles atteignent un poids de 10lbs à maturité, les mâles pèsent en moyenne 16lbs. La viande est savoureuse et prisée des chefs. Slow Food USA inclut la Palm Royale dans son Ark of Taste. Contrairement à la plupart des dindes domestiques, la Palm Royale est un oiseau actif qui peut voler. Elle est habile à trouver de la nourriture par elle-même et nettoie efficacement la basse-cour des insectes. Bien qu’elle ait moins de potentiel commercial que d’autres races anciennes, la Palm Royale est idéale pour les petites fermes à cause de sa longévité,  de sa capacité à se reproduire et son côté économe.

Le statut de la race n’est pas connu au Canada car il n’existe pas d’éleveurs à grande échelle.  Rare Breeds Canada estime que la Palm Royale est en grand danger de disparition.

 

Traduction: Anne Gardon

Sources: www.grist.org, The Livestock Conservancy (www.livestockconservancy.org) , Modern Farmer Magazine (www.modernfarmer.com), Slow Food USA (www.slowfoodusa.org)

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