La White Park : Une race très ancienne

Vache et veau White Park – collage de papier peint à la main et feuille d’or 60cmX76cm

Des bovins blancs avec des taches noires – mufle, tour des yeux, oreilles, fouet de la queue, sabots – ont été présents partout où on trouve des descendants des troupeaux hamitiques à longues cornes de l’ancienne Égypte. Les bovins hamitiques se propagèrent à travers l’Europe et arrivèrent dans les Îles Britanniques il y a environ quatre mille ans. Ils accompagnaient peut-être les premiers fermiers néolithiques qui occupèrent les îles, ou un peu plus tard les peuples campaniformes qui arrivèrent quelques temps après la construction de Stonehenge. Dans tous les cas, la présence de bovins blancs dans les Îles Britanniques remonte très, très loin.

Au temps des Celtes (600 av. J.C.), le bétail signifiait la richesse et les bovins blancs étaient particulièrement prisés à cause de leur couleur inhabituelle, presque surnaturelle. Le bétail blanc apparait souvent dans la mythologie celtique. Finnbhennach, le taureau blanc de Connacht, est le catalyseur des événements racontés dans la légende irlandaise Táin Bó Cúailnge (la rafle des vaches, épisode de la saga de Cuchulain). Ailleurs dans la même épopée, des troupeaux de bovins blancs aux oreilles foncées, appartenant au monde secret de Sidhe (monde des fées) sont mentionnés.

L’invasion romaine de l’Angleterre celtique débuta en 55 av. J.C. L’auteur romain Pline l’Ancien rapporte que les prêtres druides employaient spécialement des taureaux blancs pour les sacrifices dans leurs cérémonies.

Ayant préparé selon les rites, sous l’arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre et coupe le gui avec une serpe d’or. On le reçoit dans une saie blanche, puis on immole les victimes en priant que le dieu rende le donc qu’il a fait propice à ceux auxquels ils l’accordent. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, trad. Émile Littré 1851.

Les Romains repoussèrent finalement les Celtes aux confins de l’ouest et du nord de l’Angleterre, ainsi qu’en Irlande. Et les Celtes en fuite amenèrent leurs troupeaux de bovins blancs avec eux. Bien que ces anciens troupeaux disparurent d’Irlande, ils demeurèrent communs au Pays de Galles jusqu’au dix-neuvième siècle. Des documents démontrent qu’au Pays de Galles et jusqu’au treizième siècle, des bovins blancs servaient de monnaie pour régler des amendes.

Medb, reine guerrière de Connacht, la première propriétaire de Finnbhennach, le taureau blanc de Connacht, qui quitta son troupeau car il ne voulait pas être la propriété d’une simple femme. Illustration de J.C. Leyendecker.  Domaine public.

Les anciens troupeaux blancs des Celtes sont les ancêtres de la race White Park moderne – si on peut considérer moderne une race qui a 800 ans. Les White Park furent développés selon la méthode médiévale d’«emparking», signifiant de garder dans un parc. Un permis royal était accordé aux riches nobles leur permettant de créer des réserves de chasse où ils pouvaient s’adonner à cette activité. Les réserves de chasse étaient entourées de hautes clôtures, de talus et de fossés pour empêcher le gibier de s’échapper. Là où il y avait des bovins blancs encore à l’état sauvage, ils étaient inclus dans ces parcs avec les cerfs, les sangliers et autre faune sauvage.

La Charte de la Forêt de 1225 par laquelle Henri III accorde aux nobles anglais le droit de créer des réserves de chasse

Les White Park demeurèrent dans les réserves de chasse et les forêts clôturées pendant des siècles. Initialement, les bovins étaient chassés puis ils furent domestiqués et utilisés pour la viande, le lait et comme bête de trait. Quelques-uns de ces troupeaux, soit le troupeau de Cadzow en Écosse et celui de Dynevor au Pays de Galles, existent toujours. À cause de leur ancienneté et de l’absence ‘d’amélioration’ moderne de leur lignée, les White Parks sont génétiquement distincts de la plupart des autres races de bovins.

Un taureau White Park sauvage du troupeau de Chartley dans le Staffordshire.

Le troupeau exista sans interruption jusqu’en 1905, lorsqu’il fut dispersé. Il a été rétabli depuis.

Les White Parks sont aujourd’hui très prisés pour la qualité de leur viande. Leur ‘pureté’ génétique en fait un excellent choix pour les croisements avec les races modernes de bœuf, car ils insufflent beaucoup de vigueur à leur progéniture hybride. Les White Parks sont des animaux de taille moyenne avec un long dos. Ils sont généralement blancs, bien qu’un gène récessif noir refasse surface à l’occasion. Le tour des yeux, les oreilles, le bout des cornes, les sabots et les pis sont généralement noirs, mais parfois roux foncé. Les vaches pèsent environ 600 kg et les taureaux 900 kg. Les vaches sont d’excellentes mères avec un fort instinct protecteur. Les White Parks peuvent être élevés selon des méthodes intensives mais sont plus adaptés à l’élevage en plein air. Ce sont des animaux économiques qui peuvent transformer du fourrage de pauvre qualité en excellente viande.

 

Winnie, veau White Park à la foire agricole d’Havelock, QC, 2017

Le gouvernement britannique reconnut l’importance de maintenir cette race ancienne. En 1938, possiblement parce que la guerre avec l’Allemagne semblait de plus en plus probable, un petit nombre de bovins du troupeau Cadzow fut expédié au Canada où il s’établit au Zoo Riverdale de Toronto. Leur progéniture fut vendue; certains à des zoos aux États-Unis ainsi qu’au Département de l’Agriculture américain pour la recherche, d’autres furent envoyés dans un ranch au Texas. Bien que la race jouisse d’un regain en Angleterre, elle demeure sur la liste des espèces à surveiller. La race demeure très rare en Amérique du Nord. L’unique troupeau au Canada se trouve sur la ferme familiale des Stoddart, à Little Britain en Ontario.

Sources: Miranda Green, Symbol & Image in Celtic Religious Art, Routledge, 1992; Miranda Green, Animals in Celtic Life and Myth, Routledge, 1998; Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered livestock  and Poultry Breeds, Yale University Press, 2001; Cuchulain of Muirthemne  traduit par Lady Augusta Gregory , extrait de Celtic Lore and Legend  du Dr. R. Curran, Bookmart Press; Lady Augusta Gregory, THE WAR FOR THE BULL OF CUAILGNE, 1902 (www.sacred-texts.com); “White Park Cattle: Key Characteristics”, Rare Breeds Survival Trust, (www.rbst.org.uk); “History of the Breed”  by Lawrence Alderson, The White Park Cattle Society (www.whiteparkcattlesociety.ltd.uk); “Ancient-genome Study finds Bronze Age ‘Beaker culture’ invaded Britain”, Ewen Calloway, Nature (Nature news online), 17 May, 2017

Traduction; Anne Gardon

You may also like

Leave a comment