Le cheval Suffolk

Couleur, qualité, compacité et constitution robuste

 

Cheval Suffolk – papier peint à la main et feuille d’or sur panneau 60 cm X 70 cm

 

Les comtés de Norfolk et Suffolk constituaient à l’origine l’ancien royaume de East Anglia sur la côte est de la Grande-Bretagne. Entouré de zones humides à l’ouest, de la mer au nord et à l’est et de l’estuaire de la Tamise au sud, la majorité de la contré était formée de marécages et se trouvait ainsi relativement isolée du reste du pays. Mais la terre était fertile et la région densément peuplée et activement cultivée, d’abord par les Angles et les Saxons qui arrivèrent à la fin de l’ère romaine vers 410 après. J.C, puis par les Danois qui l’envahirent en 865. Les Danois amenèrent très probablement avec eux des chevaux similaires à la race moderne Jutland, et on pense que ces chevaux sont la race fondatrice du Suffolk Punch.

Stèle de pierre viking montrant un cavalier, vers 800 après J.C. (kulturbilder.wordpress.com)

 

Enclosures, soit le processus de clôture, débuta tôt en East Anglia. Par ce procédé légal, les terres communales étaient achetées par des fermiers et réunies dans de grandes fermes privées entourées de clôtures. Cette pratique se produisit dès le XIIIe siècle dans certaines parties du pays, mais devint plus répandue durant la dynastie des Tudor. Les terres du Suffolk étant cultivées et clôturées depuis plus longtemps, les agriculteurs remplacèrent plus rapidement le bœuf par le cheval comme animal de trait. Comme les grandes fermes employaient de la main d’œuvre salariée, les propriétaires réalisèrent qu’il était plus économique de labourer avec des chevaux car ils accomplissaient le travail plus rapidement que les bœufs. Le système d’enclosure donna également aux fermiers plus de contrôle sur l’élevage du cheptel que les terres communales où les animaux s’accouplaient librement. La plus ancienne preuve historié d’un type de cheval ‘Suffolk’ distinct apparaît au début du XVIe siècle.

Au XVIIe siècle, les fermiers de l’East Anglia entreprirent d’assécher de grandes étendues marécageuses afin de récupérer les sols lourds et riches pour les cultures. Mais drainer des marais requerrait du savoir-faire, aussi des entrepreneurs hollandais furent-ils employés pour construire les digues et les fossés de drainage. On pense qu’ils apportèrent avec eux de lourds chevaux flamands et normands. Ces chevaux importés étaient plus grands que les Suffolks indigènes et auraient été utilisés pour augmenter la taille et le poids du Suffolk, l’amenant à ressembler à l’animal que nous connaissons aujourd’hui.

Photo historique d’un Suffolk (Blog pour Memories of East Anglia, www.josephmasonspage.wordpress.com)

 

Le cheval Suffolk, aussi appelé Suffolk Punch ou Alezan du Suffolk, est le plus vieux cheval de trait britannique inchangé, et il a le deuxième plus vieux livre généalogique après le pur-sang. Tous les Suffolks modernes descendent d’un seul étalon, connu sous le nom de ‘cheval de Crisp’, né dans le village de Ufford en 1768. En 1784, le révérend Sir John Cullum décrivait ainsi le type de cheval que l’on trouvait dans la paroisse de Hawstead :

‘’Ayant mentionné les chevaux, je prends cette occasion pour rendre justice à une des races les plus utiles de cet animal, pas seulement dans cette paroisse, mais je crois dans tout le pays. La race est connue sous le nom de Suffolk Punches. Ils ont généralement 15 mains de hauteur, avec un corps trapu et compact; leurs pattes sont osseuses et leurs épaules bien en chair. Leur couleur est souvent alezan clair, qui est tout aussi reconnaissable dans certaines parties du royaume que leur forme.

‘’Historical Sketch of the Suffolk Horse’’ chapitre 11, The horse in the Furrow G.E. Evans.

Le Suffolk était appelé ‘Punch’ à cause de son encolure puissante et son poitrail imposant ou possiblement parce qu’il était rond comme un bol à punch. Les Suffolks Punchs ont un corps trapu et massif. Ils ont une tête tranquille et intelligente, avec peu ou pas de marques blanches. Leur robe est toujours de couleur alezan, allant du plus sombre (alezan brûlé) au plus clair. Aujourd’hui, la race est plus grande que du temps du Révérend Cullum,  mesurant généralement entre 16 et 17 mains. Les Suffolks sont renommés pour leur force au labourage car ils ont été développés pour tirer et non pour des jeux de pattes voyants comme les Clydesdales.  Le sol d’East Anglia est fait d’argile lourde, aussi leurs pattes ne portent pas de fanons. Leurs pattes courtes sont également rapprochées pour leur permettre de marcher dans les sillons sans empiéter sur les récoltes. Ceci ne veut pas dire que les Suffolks sont lents. Au contraire, ils peuvent avancer à vive allure et garder le rythme toute la journée.

‘Selon l’usage traditionnel des Angles, les chevaux étaient nourris très tôt le matin, avant l’aube. Durant leur journée de travail, qui était d’au moins neuf heures, ils ne prenaient que de brèves pauses, contrairement aux longs repos et repas d’autres races de chevaux de trait. Grâce à leur endurance et leur allure rapide, les Suffolks travaillaient de plus longues heures et on leur demandait d’accomplir plus en un jour que beaucoup d’autres races.’ J.V. Dohner, Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry.

Hongre Suffolk (Mars) appartenant à Sylvie Denault, Beauharnois, QC.

 

Les propriétaires de Suffolks les apprécient car ce sont des chevaux de travail idéals. Plutôt petits pour des chevaux de trait, ils sont plus gérables et plus économiques que de grands chevaux. Ils sont vigoureux, vivent longtemps et ont un tempérament calme. Ils sont vaillants au travail, que ce soit dans les champs, pour sortir des arbres de la forêt ou comme chevaux d’équipage. Le Suffolk peut également être croisé avec des races plus légères pour obtenir un cheval de chasseur lourd.

Les Suffolks arrivèrent pour la première fois au Canada en 1865. Leur importation était localisée principalement en Ontario, où ils étaient utilisés en agriculture et dans l’exploitation forestière. D’autres Suffolks Punchs furent importés en Amérique du Nord au début du XXe siècle, et une société canadienne du Suffolk fut fondée en 1911. Mais ils ne furent jamais importés en grand nombre comme les Percherons, les Clydesdales ou les Belges,  aussi étaient-ils moins communs au départ. Lorsque la mécanisation changea l’agriculture et que les machines prirent la relève des chevaux de trait au milieu du XXe siècle, le Suffolk se trouva dans une position plus précaire que les autres races. Dans l’East Anglia, avant la Première Guerre Mondiale, il y avait des milliers de Suffolks. Mais dans les années 1950, il n’en restait plus qu’environ 200 dans le monde entier. Les Suffolks Punchs demeurent  en danger à travers le monde et sont sur la liste des espèces sérieusement menacées de Heritage Livestock Canada.

 

Traduction par Anne Gardon

Sources:

American Suffolk Horse Association (www.suffolkpunch.com)

Dohner, Janet Vorwald,  Encyclopedia of Endagered and Historic Livestock and Poultry Breeds, Yale University Press, 2001

Evans, George Ewart , The Horse in the Furrow, Faber & Faber, London, 2012 ebook edition

Ford, Merlin, A Brief Overview of Draft Horse Numbers (www.rarebreedscanada.org)

The Kingdom of East Anglia, Jutland Horses (Wikipedia Entries, www.wikipedia.org)

Rare Breeds Survival Trust (www.rbst.org.uk)

 

 

 

 

 

 

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