Le mouton Shropshire

le mouton Shropshire – collage de papier peint à la main et feuille d’or 76 x 60 cm

Les Marches galloises, du latin médiéval Marchia Walliae, formèrent pendant un temps une zone tampon entre l’Angleterre et la Principauté semi-autonome de Galles. Aujourd’hui, les Marches comprennent le Shropshire au nord et le Herefordshire au sud. La géographie de la région est variée. Une partie a depuis toujours été constituée de riches terres agricoles, mais il y a également des collines et des landes ne convenant pas à l’agriculture mais  tout à fait appropriées comme pâturage pour les moutons.

Le mouton Shropshire est le produit de cette région. On pense qu’il descend de trois races indigènes aujourd’hui disparues : le Long Mynd, un mouton à cornes venant des hauts plateaux du Shropshire; le Morfe Common, un mouton à tête noire avec de petites cornes et une laine fine; et le Cannock Chase à tête grise, venu de l’ancienne forêt clôturée de Cannock dans le Staffordshire voisin. Il a pu également être amélioré par les races Clun Forest, Leicester et Cotswold. Au milieu des années 1800, c’était une race reconnue sous le nom de mouton Shropshire, ce qui en fait l’une des plus vieilles races reconnues de Grande-Bretagne. Une société de la race Shropshire et un livre généalogique furent créés en 1882 par des éleveurs dévoués.

Le Shropshire fut importé pour la première fois au Canada en 1861, probablement par la famille Miller d’Ontario, qui maintint sans interruption un troupeau jusqu’en 1997. Entre 1885 et 1895, vingt milles Shropshires furent exportés de Grande-Bretagne pour fournir le marché mondial grandissant. Dès 1908, ce mouton était l’un des plus populaires au Canada, derrière le Leicester.

Lettre envoyé à par John Miller, le journal d’agriculture illustré, 1889

 

La popularité des Shropshires était due à leurs nombreuses et excellentes qualités. Ce sont des animaux dociles et de taille moyenne avec un corps râblé, court sur pattes avec un dos long, ce qui est souhaitable dans la production de viande. Ils sont blancs avec les oreilles, les yeux, le nez et les pattes brunes, et couverts de laine du nez aux sabots. La toison est de grade moyen à fin et le rendement d’environ 2,5 kg. Ce sont des moutons rustiques peu exigeants sur le fourrage et qui donnent des carcasses lourdes et maigres. Les béliers, qui pèsent entre 90 et 140 kg, sont d’excellents reproducteurs lorsqu’ils sont utilisés comme croisement terminal avec d’autres races pour la production de viande. Les brebis pèsent entre 65 et 90 kg et sont prolifiques. Le taux d’agnelage peut être aussi élevé que 190 %. Leur lait riche et abondant fait aussi d’excellents fromages. Les agneaux engraissent rapidement sans céréale et la finition peut être à base d’herbe uniquement.

 

Cinq béliers Shearling, Gagnants du premier prix dans la classe Bélier Shearling à Leicester, R.A.S.E 1896

Élevé par le propriétaire M. Andrew Evans Mansell, Harrington Hall, Shifnal, Shropshire

Photo tiré du  Flock Book (livre généalogique) de 1897 montrant le type traditionnel du Shropshire

Le déclin du Shropshire est dû à plusieurs facteurs. Dans les années 1940, les éleveurs américains commencèrent à pousser à l’extrême la couverture de laine ‘du nez aux sabots’. Ils développèrent également un mouton plus court et plus massif. Le résultat fut des animaux trop petits, difficiles à tondre et sujets à ‘l’aveuglement laineux’ car ils étaient tant couverts de laine qu’ils ne pouvaient pas voir. En Grande-Bretagne, le déclin du Shropshire fut causé par la perturbation du commerce due aux deux guerres mondiales, par des épidémies de fièvre aphteuse qui rendirent impossible l’exportation de moutons britanniques, et aussi par la baisse de la demande pour des gros rôtis d’agneau et de mouton.

Les éleveurs britanniques se tournèrent plutôt vers des moutons plus hauts et plus large avec moins de laine autour des pattes et de la tête. Les éleveurs américains suivirent leur exemple, ce qui eut pour conséquence de modifier grandement la race.

 

Brebis Shropshire américaines d’un an (©2009 Steven Walling, Wikimedia  Commons)

Bien que l’ancien Shropshire trapu et couvert de laine ait presque disparu, l’hybride moderne à tête dénudée a fait un retour en force au point qu’en 2013, il a été enlevé de la liste de conservation du Rare Breeds Survival Trust britannique. L’intérêt nouveau pour la race en Grande-Bretagne et en Europe est dû à certaines caractéristiques particulières et jusque-là ignorées : c’est en effet la seule race de mouton qui ne s’attaque  pas à l’écorce des arbres fruitiers ni ne mange les feuilles de conifères. Ce comportement singulier l’a rendu populaire pour le désherbage des vergers et des plantations d’arbres de Noël.

Au Canada, le nombre de Shropshires a subi un sérieux déclin dans les années 1950 et ils ne s’en sont jamais remis. Alors qu’ils étaient des milliers, il reste à peu près cent quarante Shropshires enregistrés dans tout le pays.

 

Brebis Shropshire canadiennes traditionnelles (photo avec l’aimable autorisation de Rare Breeds Canada)

 

 

Sources:

The Canadian Woolgrowers Co-operative (www.wool.ca)

Dohner, Janet Vorwald: The Encyclopedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, Yale University Press 2001

Oklahoma State University, Breeds of Livestock , Department of Animal Science (www.ansi.okstate.edu)

Shropshire Breeders Association, The Flock Book of Shropshire Sheep, McCorquodale & Co. 1897

The Shropshire Sheep Breeders Association, UK  (www.shropshire-sheep.co.uk)

Staffordshire Working Lives online archive (www.staffspasttrack.org.uk)

Wikipedia, The Free Encyclopedia  (en.wikipedia.com)

 

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