Poney de Terre-Neuve

Le Poney de Terre-Neuve s’impose comme remarquable parmi les autres races rares, et sa popularité augmente auprès de généticiens célèbres et des experts en races rares. Il demeure une race naturelle (landrace) non améliorée dans un monde où il en reste très peu.

“What is a Newfoundland Pony? ” 8 janvier 2018 www.newfoundlandponies.org/blog

Le poney de Terre-Neuve – collage de papier peint à la main et feuille d’or sur panneau

L’île de Terre-Neuve est rocheuse, venteuse et isolée. Le sol est maigre et le climat rude. Toute créature y vivant a besoin d’une certaine robustesse pour survivre. Les tout premiers habitants de Terre-Neuve étaient des peuples autochtones. Les Vikings y établirent une colonie vers l’an 1000 mais l’abandonnèrent. Cinq cents ans s’écoulèrent avant qu’une autre colonie européenne s’installe sur cette île froide et rocailleuse de l’Atlantique Nord.

C’est le poisson qui attira finalement les Européens sur les rives de Terre-Neuve. En 1497, Henri VII d’Angleterre envoya John Cabot vers l’ouest pour explorer l’Atlantique dans le but de trouver une voie commerciale vers la Chine. Cabot ne trouva pas la Chine mais il trouva de la morue. Dès le début du seizième siècle, les Britanniques, les Français, les Espagnols et les Portugais pêchaient la morue au large des Grands Bancs et avaient de petits camps provisoires le long des côtes. Les Britanniques prirent officiellement possession de l’île en 1586, bien que les Français continuèrent à revendiquer des droits de pêche près de Placentia.  Terre-Neuve fut tour à tour entre les mains des Français et des Anglais jusqu’en 1713 lorsque le Traité d’Utrecht céda l’île aux Anglais.

 

Plaque commémorative à St-John’s marquant l’acquisition de Terre-Neuve par Sir Humphrey Gilbert au nom d’Élisabeth 1ere d’Angleterre (Wikimedia Commons)

La colonisation fut lente car l’intérêt premier des Britanniques était le poisson et non la colonisation. Aussi, au début, seuls des camps de pêche temporaires étaient permis. Les femmes n’étaient même pas autorisées à vivre à Terre-Neuve pour que les pêcheurs ne soient pas tentés de s’y installer de façon définitive. Finalement, les colonies devinrent quand même permanentes. Au fur et à mesure que le nombre des colons augmenta, les besoins en bois d’œuvre et la nécessité de produire quelques cultures augmentèrent également. Bientôt les chevaux devinrent indispensables.

Mais les chevaux importés à Terre-Neuve ne pouvaient pas être  n’importe lesquels. Ils devaient être robustes et économes, car ils devraient se contenter d’une nourriture limitée et survivre dans des conditions de vie difficiles.  Les poneys Moorland des Îles Britanniques étaient déjà connus pour prospérer dans des conditions semblables. Ces poneys robustes furent donc les premiers “chevaux” envoyés à la colonie naissante de Terre-Neuve.

Dès les années 1680, les colons avaient besoin d’animaux de trait. L’administrateur britannique de l’île fit une commande pour des chevaux, spécifiant qu’ils soient sélectionnés d’Écosse, d’Irlande et du Pays de Galles car ils devaient être assez robustes pour vivre dans les bois durant l’hiver. Ces chevaux et les cargaisons suivantes du sud-ouest de l’Angleterre furent généralement des poneys de Moorland, tels que le Dartmoor, Exmoor et New Forest, ainsi que le cheval Galloway, aujourd’hui disparu. Des chevaux de Galles, Connemara, Sable Island et acadiens furent également introduits sur l’île en plus petit nombre.                                      

(traduction de The Encyclopaedia of Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, p. 389 de Janet Vorwald Dohner.)

 

Carte de Terre-Neuve par le Capitaine James Cook, 1775. Centre for Newfoundland Studies, Memorial University of Newfoundland, St-John’s Newfoundland.

À partir du dix-neuvième siècle, il y avait de vrais chevaux à Terre-Neuve; ils étaient essentiellement utilisés dans les villes où il y avait des rues. Mais les communautés isolées du reste de l’île dépendaient des poneys. Un village du littoral pouvait être habité du printemps jusqu’à l’automne, qui était la saison de pêche. En hiver, les habitants se retiraient souvent dans l’intérieur des terres pour  échapper aux tempêtes hivernales et passaient la saison à couper du bois de chauffage et à chasser. Les poneys robustes étaient les meilleurs animaux de trait et étaient essentiels à la vie des Terre-neuviens. Les poneys labouraient les jardins et les champs, transportaient les algues qui servaient d’engrais, tiraient les chariots de foin et les chargements de bois. Certains travaillaient également dans les mines. Les poneys étaient un moyen de transport en toute saison, que ce soit pour des activités quotidiennes ou des occasions spéciales comme les mariages.

 

Poney de Terre-Neuve tirant un chargement de bois. Photo historique de la Newfoundland Pony Society.

En ce qui concernait les poneys, les Terre-neuviens pratiquaient traditionnellement un élevage à faible entretien. Le foin était cher et les bons pâturages difficiles à trouver. Les poneys qui travaillaient étaient surtout des hongres et ils étaient gardés à proximité. Les juments, les étalons et les poulains étaient généralement laissés en liberté. Comme le travail des poneys était habituellement saisonnier, même les hongres passaient une partie de l’année en liberté.

Certains savaient quand rentrer à la maisondit Cliff. Herb March relâchait son poney chaque printemps lorsqu’il partait pêcher au Labrador. Quelques jours après son retour, son poney apparaissait. Il avait été peut-être à dix milles au loin mais son instinct lui disait de rentrer.

Tiré du Newfoundland Pony de Suzanne Robichaud, Salscapes Magazine

Ces poneys isolés s’adaptèrent si bien aux conditions locales qu’ils devinrent un genre reconnaissable avec peu ou pas d’intervention humaine, mais simplement par pression évolutive. C’est ainsi que le poney de Terre-Neuve devint une race naturelle. Les plus robustes, qui pouvaient le mieux s’adapter aux conditions sévères, survécurent pour se reproduire et ainsi passer leurs gènes.

Comme le poney de Terre-Neuve est une espèce naturelle et non une vraie race, il n’est pas défini par des standards stricts et de nombreuses  diversités physiques sont permises. Selon la “Newfoundland Pony Society”, un poney de Terre-Neuve :

  • A un bon tempérament, est docile et obéissant au travail;
  • Supporte bien l’hiver car très résistant;
  • A le pied sûr;
  • A un corps qui peut varier de délicat à robuste et trapu;
  • A une hauteur qui peut varier de 11.0 à 14.2 mains;
  • A une robe bai, noire, brune, alezan, brun grisâtre, gris, rouan et blanc. Les pies et les tachetés ne sont pas acceptables;
  • A un pelage épais qui peut changer de couleur ou de texture selon les saisons;
  • A une crinière et une queue épaisses;
  • A une queue attachée bas;
  • A des fanons avec les crins se prolongeant au-dessus du boulet;
  • A des sabots très durs;
  • A typiquement le bas des pattes foncé. Un coloris blanc ou pâle des pattes est acceptable;

Georges, le premier poney de Terre-Neuve né au Québec. Ancienne propriété de Nathalie Durocher de Thetford Mines, il réside actuellement au Villi Poni Refuge au New-Hampshire. Photo avec l’aimable autorisation de Nathalie Durocher

Les poneys de Terre-Neuve furent assez communs jusque dans les années 1970, lorsque les tracteurs, les motoneiges et autres engins les remplacèrent comme animal de trait ou moyen de transport. Des règlements municipaux limitant l’accès à des pâturages rendirent difficiles d’avoir des poneys,  et les propriétaires étaient encouragés à castrer leurs étalons. Devenus inutiles, des centaines de poneys furent expédiés aux abattoirs du Québec comme viande de boucherie destinée à l’Europe. Il y avait environ douze milles poneys de Terre-Neuve au milieu des années 1970. Dix ans plus tard, il en restait moins d’une centaine.

À l’automne 1979, un groupe de citoyens inquiets se réunirent pour former la Newfoundland Pony Society (société des poneys de Terre-Neuve), dans le but de préserver et protéger cet animal en danger. En 1997, le gouvernement de Terre-Neuve promulgua le Heritage Animals Act of Newfoundland and Labrador afin d’enrayer les pertes en apportant une protection légale aux poneys et rendre illégal leur transport en dehors de la province sans permis.

Le poney de Terre-Neuve demeure en danger. La Newfoundland Pony Society estime qu’il reste environ 250 animaux en âge de se reproduire.

 

Sources:

Environment, Climate, and the 19th-Century Economy of Newfoundland (www.heritage.nf.ca);

The Canadian Encyclopedia, Online Edition (www.thecanadianencyclopedia.ca)

The Newfoundland Pony Society, www.newfoundlandpony.com

Genetic diversity and admixture among Canadian, Mountain and Moorland and Nordic pony populations. Prystupa JMJuras RCothran EGBuchanan FCPlante Y.(www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed)

The Newfoundland Pony, Suzanne Robicheau, Saltscapes Magazine (http://www.saltscapes.com)

Villi Pony Farm (http://www.newfoundlandponies.org/)

Janet Vorwald Dohner, Historic and Endangered Livestock and Poultry Breeds, Yale University press, 2001

 

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